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Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

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Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  manu le 22/11/2017, 13:55

Avez vous vu ces articles du point ? Il y en 4 pour l'instant je ne mets en ligne que le premier.
Vous en pensez quoi ?

Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #1 : la réforme permanente
David Balcain est conseiller Pôle emploi dans le nord de la France. Au "Point", il raconte son quotidien, entre excès de bureaucratie et cruelles réalités.
PAR DAVID BALCAIN (AVEC BEATRICE PARRINO)
Publié le 24/10/2017 à 08:09 | Le Point.fr

Ce mardi soir vont être révélés les chiffres du chômage du mois de septembre. Et demain matin, comme chaque matin, nous aurons un briefing avant l'ouverture de l'agence Pôle emploi, où je travaille, dans une ville moyenne et populaire du nord de la France. C'est certain, il n'y aura pas de commentaires sur les chiffres du chômage. Et pas un mot non plus pour nous motiver, moi et mes collègues, face à la situation endémique que connaît ma ville, située dans le Nord.
Ici, dans ce coin de France populaire, nous atteignons des records de chômage, chez les seniors, chez les jeunes, chez les femmes, chez les hommes… Cela je le sais, après avoir cherché. Car, en fait, le taux de chômage local – encore plus que celui national – n'est pas un sujet dans mon agence. Pour m'amuser, j'ai posé un jour la question aux chefs lors d'une réunion : « Quel est le taux de chômage dans notre ville ? » À part notre directeur, personne n'avait la réponse exacte. Comme si cela ne nous concernait pas. Est-ce culturel ? Est-ce une stratégie ? En tout cas, je vis cela depuis mes débuts, il y a dix ans.
J'ai intégré l'ANPE après avoir passé un concours. Je n'avais aucune expérience sur les questions d'emploi, sauf celle d'avoir été chef d'entreprise – une entreprise qui a fait faillite. Bref, être conseiller Pôle emploi n'était guère une vocation, mais une nécessité. Cela a commencé par une formation rapide en agence. Cela a commencé par beaucoup de tâtonnements, d'erreurs, de cruauté en face de vies brisées, cassées, de personnes que le chômage avait rendues trop lasses pour continuer leurs recherches.
J’en ai connu des réformes, du suivi mensuel au conseiller personnel à double compétence, du « faire plus pour celui qui en a le plus besoin » au tout-numérique
Dix ans après, le chômage est toujours là, terrible. Avec une institution enkystée par les lourdeurs réglementaires. Le « comportement » de nos DE n'a pas fondamentalement changé ces dernières années. (Pardon, j'écris DE pour « demandeur d'emploi », car chez nous, comme dans toute administration, digne de ce nom, nous adorons les sigles…) Depuis mes débuts, c'est plutôt le profil des DE qui a changé ; il y a plus de DE de longue durée, voire de très longue durée, de DE « largués » par rapport à l'utilisation des outils numériques et de jeunes en situation de décrochage scolaire, sans qualification et n'ayant aucune idée de ce qu'ils pourraient faire et quel rôle ils pourraient jouer dans notre société. Je note également une baisse importante de la « motivation » de nos DE.
J'en ai connu des réformes, du suivi mensuel au conseiller personnel à double compétence, du « faire plus pour celui qui en a le plus besoin » à l'emploi store et au tout-numérique. Aujourd'hui, nous devons appliquer le « NPDE », le nouveau parcours du demandeur d'emploi. Ce « nouveau parcours » s'est adapté aux nouvelles technologies et permet de dématérialiser l'ensemble des modalités d'inscription, cette dernière n'étant plus possible que par le canal d'internet. Les DE sont ensuite reçus en ESI (entretien de suivi individuel) où un diagnostic est posé par le conseiller qui détermine la modalité dans laquelle sera positionné le DE : suivi, guidé ou renforcé. En fonction de ce choix, le DE sera accompagné par un conseiller ou, considéré comme autonome, remis entre les « mains » des outils numériques et les contacts « à distance ». Ainsi les « portefeuilles » des conseillers peuvent varier entre 70 et 800 DE. En ce qui me concerne, je ne suis pas à plaindre. Affecté à une modalité dite « renforcée » et destinée aux jeunes de moins de 26 ans (Accompagnement intensif des jeunes), mon portefeuille de 70 DE est raisonnable.
Connaissez-vous Bob emploi ?
Avec l'arrivée et le développement du numérique, j'ai vu notre travail se transformer : j'ai l'impression qu'un siècle s'est passé depuis que j'adressais des CV papier par la poste. Nous sommes à présent au tout-numérique et à la mise en service d'algorithmes. Connaissez-vous Bob emploi ? C'est le conseiller numérique créé par Paul Duan fondateur et président de Bayes Impact, une ONG spécialisée dans le traitement de données, qui devrait baisser le chômage. Cette application « intelligente » et personnalisée est censée aider chaque jour nos DE dans leurs recherches et leurs projets en se « nourrissant » des « datas » qu'elle peut récolter et leur faire des propositions pertinentes. Pour notre bien ? Pour le bien du DE ? Rien n'est moins sûr, car l'humain dans sa diversité est si complexe que seule l'écoute attentive par un cerveau entraîné peut diagnostiquer les causes et mettre en place les remèdes nécessaires à chacun dans ses difficultés avec la vie professionnelle. Un exemple que ne pourraient pas régler les algorithmes ? Bob et ses algorithmes ne pourront jamais respirer l'haleine chargée du DE alcoolique, l'odeur de la misère et de la précarité, le désespoir du DE malade, cassé, déprimé… Comment Bob va-t-il aider Irena, seule, deux enfants à charge, roumaine d'origine et travaillant depuis plus de huit ans comme femme de chambre dans un hôtel, pour moins de 600 euros par mois, sans aucune reconnaissance, sans cesse houspillée et qui n'en peut plus. Bob n'est pas humain, il ne comprend pas la détresse…
En dix ans, j'ai su m'adapter, apprendre, évoluer. Ce qui n'est pas le cas de tous mes collègues qui, pour certains, sont en difficulté. Mais cela, je vous le raconterai dans un prochain épisode.
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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  fifi_72 le 22/11/2017, 16:58

Je suis surprise qu'un conseiller puisse communiquer ainsi sur son métier sans que la DG ne se manifeste (sans parler de la DR) !

J'avais déjà eu écho de ceci et j'aimerais bien savoir si c'est du lard ou du cochon pig pig pig

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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  cheese cake le 22/11/2017, 20:05

j'ai la meme reaction que toi fifi ... etonnant ... ou alors, ils sont tellement obnubiles a sauver leur carriere qu'ils s'en foutent ...
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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  fifi_72 le 23/11/2017, 09:29

En tant qu'agents de service public, nous sommes tous soumis à un devoir de réserve (quel que soit le statut), étant donné qu'on voit passer les dossiers de pas mal de monde notamment... Je suis à Paris et on a "du beau linge" qui est inscrit chez nous, on pourrait en divulguer des choses ! Plus sérieusement, il n'y a pas un service communication pour rien à PE ! Charpy a attendu d'être sorti avant d'écrire son bouquin et plus généralement, ceux qui ont écrit sur PE ont également attendu de ne plus faire partie de l'effectif pour cracher dans la soupe. Ce qui m'interpelle dans ce cas, c'est que ce sont des chroniques qui paraissent régulièrement et le silence de la DR (c'est Hauts de France, il me semble, non ?) est assourdissant Exclamation Exclamation Question Question Question Exclamation Exclamation

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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  efe le 25/11/2017, 10:14

Le Nom a été changé, il n'y a aucun "balcain" dans l'annuaire.

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Il n'y a pas de problème il n'y a que des solutions
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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  manu le 25/11/2017, 17:45

Celui-là est pas mal non Rolling Eyes Rolling Eyes Rolling Eyes

Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #2 : la discrimination, un combat quotidien


Publié le mardi 31 octobre 2017 13:16
Écrit par Le Point - PAR DAVID BALCAIN (*), AVEC BEATRICE PARRINO
David Balcain est conseiller Pôle emploi dans le nord de la France. Au "Point", il raconte son quotidien, entre excès de bureaucratie et cruelles réalités.

Je suis agacé.

Hier, j'ai bouclé le dossier de candidature d'une jeune femme qui recherche un poste de vendeuse en prêt-à-porter. Elle est pleine de vie, dynamique, passionnée... Bref, elle en veut. Et ce n'est pas si fréquent dans le dédale de Pôle emploi. J'adresse son CV avec un long commentaire sur ses qualités, son expérience à un de mes collègues qui œuvre dans la ville limitrophe à la mienne. Il fait partie des conseillers affectés au service Entreprises, présent dans chaque agence. Ces conseillers n'accompagnent plus directement les demandeurs d'emploi (DE), mais ils gèrent les relations avec le monde des entreprises : ils prennent note des offres, sélectionnent et présentent des candidats... Ce collègue est donc censé valider les compétences de ma candidate et faire suivre son CV à l'employeur. Ah, si tout était aussi évident !

Quelques heures, à peine, après l'envoi de la candidature, il m'a transmis son refus de soumettre le dossier de ma jeune DE. Motif  ? Il a décidé qu'elle habitait trop loin de l'emploi proposé  ! Je le rappelle : la ville de la DE et la ville du magasin se touchent… Ce collègue ignore que ce qu'il fait, c'est de la discrimination. Ce n'est pas moi qui le dis, mais la loi. Il devait avoir « piscine » le jour de la formation « lutte contre les discriminations », obligatoire dans le parcours d'un conseiller Pôle emploi. Une simple recherche sur Internet « discriminations + critères » permet de se rafraîchir la mémoire… À cette annonce, je suis tombé de ma chaise, car nous, conseillers de Pôle emploi, sommes censés être les garants de la lutte contre les discriminations en tant que serviteurs du service public de l'emploi.

"Nous sommes confrontés quotidiennement à la discrimination"

J'ai averti mon supérieur hiérarchique. Mais ni lui ni moi ne pouvons passer outre ce collègue. Du coup, la candidature de la jeune fille ne sera pas transmise. Que lui dire  ? La vérité  ? Cela finirait sans faute sur le bureau de notre médiateur. Avec des conséquences qui pourraient être ennuyeuses pour mon collègue. Lui, conseiller entreprise, tient à satisfaire l'employeur, moi, conseiller à l'emploi, je dois favoriser ceux qui en ont le plus besoin. Pôle emploi devra résoudre ce dilemme né avec la création récente des conseillers « entreprise », et qui conduit à ce genre d'absurdités.

La discrimination est un sujet sérieux auquel nous sommes confrontés quotidiennement. C'est comme cela, malheureusement. Mais ce n'est pas une fatalité et souvent à force de persévérance et de candidatures, le résultat est au bout. C'est chaque fois pour moi un challenge. Autant les discriminations par l'âge et le sexe sont assez faciles à surmonter. Elles sont le plus souvent « dans la tête » du DE, convaincu que ses échecs à trouver un emploi sont le fait de discrimination. En travaillant sur l'expérience, les compétences et la confiance en soi, il est possible de « casser » le cercle infernal et de rencontrer des employeurs.

"La discrimination peut conduire au désespoir, au découragement, à l’oisiveté"

En revanche, les discriminations liées à la couleur, à la religion relèvent d'un vrai combat, quasi au corps à corps avec les employeurs. Candidats diplômés ou pas. Certes, quelques-uns sont maladroits comme ce jeune homme qui, lors d'un entretien, avec une grande entreprise a expliqué qu'il faisait le ramadan. Il n'avait pas à parler de ses pratiques religieuses : un entretien doit permettre de souligner ses compétences, sa motivation. Il n'a pas eu le poste et je ne peux que déplorer qu'il ait été si maladroit. À moi de le lui expliquer afin qu'il évite de renouveler ce genre d'erreur. Quoi qu'il en soit pour arriver à obtenir un entretien pour un jeune issu des minorités, d'une couleur un peu foncée, il faut batailler beaucoup plus que pour un jeune Blanc. Et si notre premier porte en plus une barbe alors là, ce n'est pas gagné. Je ne conseille bien sûr jamais de se débarrasser de cet attribut, car il relève de la vie privée, mais je sais que les DE « barbus » n'obtiendront que rarement des postes en contact avec le public. Peut-être est-ce pour cela que nous retrouvons la majorité de ces profils dans la manutention, l'industrie, le bâtiment ou le nettoyage, même s'ils sont parfois diplômés.

Depuis plusieurs années, j'accompagne deux jeunes femmes d'origine maghrébine dans leur recherche d'emploi. Toutes deux ont un diplôme d'études supérieures dans le tertiaire. Elles sont modernes, compétentes, pétillantes, volontaires ; aucune ne porte de voile. Pourtant, alors qu'habituellement, j'arrive à placer ce type de profil en quelques semaines – avec des prénoms d'origine française –, je n'ai pu jusque-là trouver seulement, pour chacune d'elle, un contrat aidé. Nous arrivons avec difficulté à obtenir des entretiens malgré nos dizaines de candidatures. Pour moi, cela ne fait aucun doute que la discrimination est responsable de ces échecs. Je dois à chaque rendez-vous les motiver. Car pour ceux qui ne sont pas soutenus, la discrimination peut conduire au désespoir, au découragement, à l'oisiveté, parfois mère de tous les vices.

(*) Il s'agit d'un pseudonyme
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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  manu le 25/11/2017, 17:46

Tu as ta réponse Efe c'est bien un pseudo Laughing Laughing Laughing
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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  manu le 25/11/2017, 17:52

J'aurais bien aimé lire le 3 mais il est payant mais comme je suis pauvre Razz Razz Razz

Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #3 : la farce des contrôles
David Balcain est conseiller Pôle emploi dans le nord de la France. Au "Point", il raconte son quotidien, entre excès de bureaucratie et cruelles réalités.
PAR DAVID BALCAIN (*), AVEC BEATRICE PARRINO
Publié le 09/11/2017 à 12:55 | Le Point.fr


Selon "Les Échos", le dispositif de contrôle de la recherche d'emploi des chômeurs a abouti à 14 % de radiations pour 270 000 contrôles menés. © Alain Le Bot / Photononstop


Pour débusquer certains « touristes » ou « profiteurs » de l'assurance chômage, il suffit parfois de regarder leur mur sur Facebook : les vacances, les plages, les randonnées ou, pire encore, les activités « commerciales » parallèles de type « vendeur indépendant à domicile » foisonnent. J'ai récemment « balancé » un demandeur d'emploi (DE) aux fraudes, un DE à l'ASS (minimum social) qui publiait des choses incroyables sur son mur Facebook : il mettait en avant ses énormes gains (non déclarés) réalisés grâce à ses ventes « pyramidales » et cherchait de nouveaux gogos à appâter. Chacun tire...


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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  soleane le 25/11/2017, 21:53

Ça me donne l'impression d'un truc organisé par un syndicat, où le pauvre conseiller placement est empêché dans ses missions par le reste de la planète : le DE, les autres conseillers placement, le conseiller entreprise, la politique, et je m'attend à ce qu'il attaque sous peu les indem puis la direction, l'état...

Même si certains éléments nous rappellent furieusement notre quotidien, j'ai bien peur que, loin de dénoncer nos conditions de travail au grand public, cette série d'articles ne fasse qu'alimenter notre image de fonctionnaires geignards qui essayent désespérément de justifier l'utilité de leurs emplois dorés tout en balançant sur l'incompetence de ses collègues !

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Carnets de bord d'un conseiller Pole emploi n°5 ou la paresse des chômeurs

Message  manu le 28/11/2017, 18:58

Carnet de bord d'un conseiller de Pôle emploi #5 : démotivés, démotivant
David Balcain raconte au « Point » son quotidien dans une agence du nord de la France. Cette semaine, il aborde le cas des chômeurs paresseux.


La paresse du chômeur n'est pas qu'un mythe politique. Cela existe. Bien sûr, tous les demandeurs d'emploi (DE) ne le sont pas. Mais bon, tout de même, j'en croise tous les jours. Tôt le matin, je ne peux m'empêcher évidemment de jeter un œil vers la zone d'accueil de mon agence. Et là, que vois-je  ? Cachés derrière leurs lunettes de soleil, certains demandeurs d'emploi finissent leur nuit, quelques-uns baillent la bouche grande ouverte, d'autre tapotent sur leur téléphone nonchalamment. Au même endroit, mais l'après-midi cette fois, la somnolence guette encore – les effets de la digestion, certainement. Pourtant, cette zone d'accueil accueille de nombreux postes informatiques avec des jeunes en service civique disponibles pour aider les DE à les utiliser. Mais il n'y a guère de monde derrière les écrans. La paresse, peut-être.
Lors de rencontres (« informations collectives » dans notre jargon) organisées par les conseillers à l'intention des DE sur des thèmes essentiels comme une présentation de nos services numériques ou les techniques de recherche d'emploi, certains s'endorment, d'autres montrent leur désintérêt. Je me souviens particulièrement d'une dame qui, volontairement, a tourné sa chaise face au mur  ! Parfois, quelqu'un s'en va sans attendre la fin de la réunion. Et là, pas question de le retenir. Un collègue ayant essayé a été sévèrement bousculé par le DE.
Flopée d'excuses
J'avoue que, devant autant de nonchalance et de désintérêt, le conseiller en vient lui aussi à douter de la véritable motivation à travailler de certains chômeurs.
Avez-vous déjà entendu un DE vous expliquer qu'il est trop occupé pour consacrer deux heures à Pôle emploi deux à trois fois par an  ? Moi, oui. Mes collègues aussi. Dans notre agence, cela arrive tous les jours. Si vous pouviez imaginer ce que nous entendons comme « excuses » : fuites d'eau, maladie, accident, décès d'un proche… Sur le fond, des classiques. Des mamans qui arrivent avec des poussettes et des enfants pour participer à une réunion ou rencontrer un employeur qui recrutait (je l'ai vu de mes yeux). Nous avons régulièrement aussi le « travailleur au black » qui arrive à son rendez-vous en salopette de travail, du plâtre partout, et qui laisse de grandes traces blanches sur le sol de l'agence…
Vitesse de marche
La posture de certains DE lors des entretiens mérite toute l'attention du conseiller. DE avachi sur la chaise, casquette sur la tête, mâchonnement de chewing-gum, regard perdu...
Avec le temps, j'ai affiné une méthode qui me permet dès la première rencontre d'estimer la motivation de la personne que je vais recevoir : cela dépend en fait de la vitesse à laquelle il me suit dans le couloir conduisant à mon bureau. Pas lents loin derrière (pas motivé), pas rapides juste derrière (moyennement motivé), à côté en train de me parler (très motivé)…, c'est imparable  ! Certains traînent tellement que je suis contraint de m'arrêter et de les attendre.
Pour proposer un emploi à un DE paresseux, il faut quelquefois faire preuve de persuasion et avoir de bons arguments. Faire preuve d'imagination pour donner envie d'aller passer l'entretien « pour voir », et espérer que, d'ici là, la motivation sera au rendez-vous. Mais que de déceptions lors du retour de l'employeur qui a reçu notre DE qui est allé passer l'entretien « pour voir ». Pas plus motivé que ça…, ce qui nous vaut des piques de l'employeur.
Morceau choisi :
Employeur : « Il n'était pas du tout motivé. Pourquoi me l'avez-vous envoyé  ? »
Conseiller (devant faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin et essayant de garder la face) : « Pourtant, avec moi, il avait l'air super motivé… »
Employeur : « Pfff, avec tous ces chômeurs qui ne veulent pas bosser, vous êtes nul. »
Voilà. Ce discours, nos conseillers en contact direct avec les entreprises le connaissent par cœur. Mais que faire  ? N'envoyer personne malgré la présence d'une offre  ? Envoyer tout de même des « démotivés »  ? C'est un dilemme quotidien aux conséquences grandes. N'envoyer personne, c'est confirmer les croyances de certains chefs d'entreprise, stressés par leur recherche de personnel motivé, en un pays d'assistés où personne ne veut travailler et où, bien sûr, le conseiller de Pôle emploi est le responsable de cette situation.
Démotivation des conseillers
« Ouais, avec ces millions de chômeurs, vous n'êtes pas foutu de me trouver quelqu'un… » Je l'ai entendu de la bouche d'employeurs. Sur tous les tons  ! Parfois de manière agressive. Je préfère ne pas répondre, car, si j'avais à leur dire quelque chose, je dirais : « Que voulez-vous que je fasse : ils ne veulent pas bosser. »
Chaque jour, à l'heure du déjeuner, nous partageons de nouvelles anecdotes avec mes collègues. Nous prenons le parti d'en rire, mais nous en sommes désolés. Cela conduit des collègues à la démotivation. Sincèrement, nous sommes assez désarmés et désemparés devant ce type de DE.
L'unique solution, à mon sens, pour les remotiver serait d'avoir les moyens de les accompagner a minima une fois par semaine, ne jamais les lâcher et les marquer « à la culotte » en permanence. Ou laisser tomber, accepter de leur verser un minimum social sans contrepartie et les désinscrire de Pôle emploi  ! Ainsi, seuls seraient inscrits ceux qui cherchent réellement du travail et qui souhaitent être aidés. Du coup, on aurait plus de temps pour s'occuper de ceux qui en ont besoin. Et le nombre d'inscrits à Pôle Emploi baisserait d'un coup d'au moins 30 %...
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Re: Le point et les carnets de bord d'un conseiller Pole emploi

Message  dcreation le 29/11/2017, 19:30

Ce monsieur a sans doute oublié ce qu'est le fait de pas avoir de travail : on peut dire que c'est une grosse blessure, ne pas être reconnu. Se prendre des murs à longueur de journée amène à douter de soi et se trouver nul à devoir se remettre sans cesse en question pour toutes les démarches. Alors le découragement et la déprime prennent parfois des allures de paresse !
Tous ces clichés sont certes des réalités mais que cherche t-il au juste : nous faire adhérer au discours de Vauquier !
Nous discréditer :s'il n'est pas content de bosser ici qu'il aille voir ailleurs !
Certes tout n'est pas parfait chez nous mais nos métiers nous passionnent et nous donnons tellement.
Parlons plutôt des supers Conseillers qui font un boulot de fous avec des portefeuilles de renforcés ou d'autres !
Des demandeurs d'emploi qui ne demandent qu'à bosser et se battent avec notre aide.

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